dimanche 18 janvier 2015

Chacun aura pour ennemis les gens de sa maison

Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix à la terre. Je ne suis pas venu amener la paix mais l’épée. Je suis venu pour créer la division : on sera contre son propre père, la fille s’opposera à sa mère et la jeune mariée à sa belle-mère. Chacun aura pour ennemis les gens de sa maison".
(Matthieu 10, 34-36)

On aurait tort de prendre cette parole du Christ pour un appel à la guerre. C'est une simple constatation. Le fait est que celui ou celle qui, suivant l'enseignement fondamentalement pacifique du Christ, refuse de hurler avec la meute, se voit à son tour l'objet des attaques de la meute, y compris dans sa propre famille.

Étant l'objet des attaques de la meute, celui ou celle qui, suivant l'enseignement du Christ, se refuse à accuser autrui pour détourner la violence sur lui, comme cela se pratique habituellement au sein de l'humanité, verra les attaques redoubler.

Au final, ces paroles sont un réconfort, le seul réconfort, même, de celui qui est attaqué pour avoir simplement défendu la vérité et la décence jusqu'au bout.

Pour cela, merci Jésus.

mercredi 14 janvier 2015

Je suis Bibi


Histoire de déplomber l'atmosphère, rions un peu avec les aventures de Bibi à Paris (source : Le Figaro). 

Samedi, 18:45
"Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a affirmé samedi soir aux juifs de France qu'Israël était "leur foyer", revenant dans une allocution télévisée sur la prise d'otages meurtrière survenue vendredi dans un supermarché casher à Paris".

Allo, police, y'a un dangereux antisémite qui braille que les juifs doivent partir de France... Ah, c'est le premier ministre d'Israël ? Bon...

Dimanche, 19:28 "Nétanyahou et Hollande ovationnés à la Grande Synagogue de Paris. Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et le président français, François Hollande, sont accueillis sous les ovations par les fidèles de la Grande synagogue de Paris. Dans l'assistance réunie pour rendre hommage à «toutes les victimes» des attentats de Paris, certains ont scandé «Bibi», le surnom de Nétanyahou, et «Israël vivra, Israël vaincra», agitant le drapeau de l'État hébreu".

On aurait aussi entendu quelqu'un scander "François" et "Vive la France", mais cette personne facétieuse aurait précisé aussitôt : "Nan, j'déconnais"

Dimanche, 20:59
"Nétanyahou félicite la position française contre l'antisémitisme
Le chef du gouvernement israélien, Benyamin Nétanyahou, a salué dimanche soir "la position très ferme" et la "détermination" du président François Hollande et du premier ministre Manuel Valls "contre le nouvel antisémitisme et le terrorisme".
Dans un discours prononcé à la Grande synagogue de la Victoire à Paris après une journée de mobilisation contre le djihadisme, le premier ministre de l'État Hébreu a aussi dit "remercier" Lassana Bathily, l'employé musulman d'origine malienne du supermarché casher qui a sauvé des clients de ce magasin de la Porte de Vincennes".

Et ça, les félicitations d'un criminel de guerre, ça n'a pas de prix.
 
Lundi, 10:08
"L'exécutif français irrité de la présence de Nétanyahou ce week-end
Selon le quotidien israélien Haaretz, François Hollande aurait suggéré au premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou de ne pas participer à la marche républicaine, craignant que ses déclarations ne nuisent aux manifestations de solidarité. Le gouvernement français a fait de même du côté des autorités palestiniennes. 
Cependant, quelques heures après le message du gouvernement français, le quotidien raconte que Nétanyahou aurait malgré tout décidé de se rendre à la marche. Jacques Audibert, conseiller diplomatique de François Hollande, aurait ensuite envoyé une invitation au président palestinien pour faire contrepoids".

Hollande aurait en effet déclaré : "Je veux bien faire tout ce qu'il me dit en politique internationale, mais je veux plus qu'il m'oblige à chanter !"
 
Dimanche, 22:30
"Quand Benyamin Nétanyahou doit attendre le bus
Plusieurs importantes personnalités politiques du monde entier ont été contraintes de faire la queue pour monter dans les transports. C'était notamment le cas du premier ministre israélien, Benyjamin Nétanyahou. Ce qui ne l'a pas vraiment fait rire".

C'est vrai que prendre le bus comme un vulgaire travailleur cisjordanien, c'est humiliant. Mais Bibi s'est enfin déridé quand le bus a été arrêté à un faux checkpoint organisé par Mahmoud Abbas pour lui faire une farce. "Quel déconneur ! Mahmoud est un pote", aurait-il alors déclaré.
 
Lundi, 13:02
"Benyamin Nétanyahou arrive sur les lieux de la prise d'otage
Entouré d'un énorme service de sécurité de son pays, le premier ministre israélien s'est rendu devant l'Hyper Cacher, sans pouvoir entrer".

Il a déposé une bougie devant le magasin et a dit quelques mots devant des membres de la presse de son pays. Il ne s'est pas adressé à la presse française".

On a envie de dire : Bibi, fais comme chez toi. T'es même pas obligé de nous causer.



mardi 13 janvier 2015

Reprenons nos esprits

D'accord, nous avons été sous le choc de la tuerie. D'accord, vous êtes allés marcher, pour protester, pour vous réchauffer, pour vous rassurer. Comme j'aurais aimé être l'un des vôtres ! Mais il y a tellement longtemps que je ne me sens plus en communion avec les émotions mainstream de ce pays que je n'ai pas pu. Ce réconfort ne m'était pas permis.

Je suis d'un autre pays que le vôtre, d'un autre quartier, d'une autre solitude.

Cette belle unanimité du monde politique et médiatique ne peut qu'engendrer une réaction de rejet pour tous les esprits qui ont été vaccinés contre les émotions de masse à force de subir la propagande sur le 11 septembre 2001, sur l'Europe, sur l'Ukraine, sur le reste.

Ne croyez pas que n'aie pas été touché. Wolinski, Cabu, pour moi ça faisait partie des meubles, du décor familial. Même si je n'étais plus du tout en accord avec ce qu'ils faisaient et avec ce qu'ils représentaient, apprendre qu'ils aient été flingués par des cinglés m'a foutu en l'air.

Et pourtant...

Reprenons nos esprits.

Nous sommes dans un monde officiellement matérialiste. Dans ce monde-là, seul ce qui impacte la matière (ou la chair, cette matière vivante, ou plus exactement cette vie considérée comme de la matière) a de l'importance. 

Tout ce qui relève de l'esprit, en revanche, est soit nié, soit relégué au second plan, ou, comme on dit, à la sphère privée (mais existe-t-il vraiment une sphère privée déconnectée du social ?) : "Que chacun pense ce qu'il veut dans son coin, que les échanges entre les hommes ne concernent plus que la matière, et les vaches seront bien gardées".

Tuer un homme relève d'un crime contre la chair aussi bien que d'un crime contre l'esprit. Mais il existe aussi des crimes contre l'esprit seul, et ceux-là la société moderne s'en accommode, voire les encourage.

Et c'est là que le bât blesse, c'est là aussi que les défilés de dimanche comportaient une ambiguïté dommageable : on pouvait craindre que sous prétexte de dénoncer les crimes contre la chair, on n'en vienne à glorifier les crimes contre l'esprit : les insultes, les calomnies, les attaques contre les symboles.

Car le dessinateur survivant Luz l'a bien expliqué : le boulot de Charlie, dans le concert des médias dont il était partie intégrante, était de détruire tous les symboles.

Or aucune communauté humaine ne peut tenir debout sans symboles, du grec sun-ballein, ce qui fait tenir ensemble. Le contraire de sunballein étant diaballein, ce qui désunit, qui a donné son nom au diable.

Notre monde matérialiste n'a de cesse de piétiner systématiquement ce qui peut ressembler à un symbole ou à une spiritualité. Femens, mariage gay, expositions publiques de godemichés géants, multiplications de profanations d'églises, tout cela se produit dans l'indifférence ou avec les encouragements des pouvoirs publics et sous la houlette des classes "créatives", des artistes et des professions dites "intellectuelles".

Lorsqu'un béotien s'avise de protester contre ces atteintes à la spiritualité, la réponse est toujours la même : tant que ça ne touche rien de matériel, qu'est-ce que ça peut bien vous faire ? Réponse fallacieuse, bien sûr, qui fait mine d'ignorer qu'on peut souffrir d'une attaque symbolique encore plus que d'une attaque matérielle.

Mais puisque seule la matière vous importe, peut-être vous sera-t-il possible d'entendre qu'à force d'abattre des symboles, c'est toute la société qui risque de s'effondrer, avec éventuellement quelques conséquences matérielles à la clé ?

Aucune société ne peut vivre sans symboles, disais-je. La nôtre en vérité, malgré ses bravades, ne fait pas exception. Mais puisqu'elle rejette dans les limbes de la sphère privée tout ce qui relève du spirituel, elle s'est trouvée une religion de substitution, qui consiste à s'opposer aux religions. On a appelé ça la laïcité.

Ce qui est amusant, car au départ la laïcité est une idée chrétienne, signifiant que le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel sont distincts. ce qui n'implique aucunement que le premier soit banni de l'espace public. Mais la laïcité est devenue tout autre chose : un programme de lutte contre le spirituel au nom de la matière. Autrement dit, la seule chose qui tienne cette société debout est de sonner l'alarme dès que sort du bois quelque chose qui ressemble à un dangereux idéalisme. Attention, un catholique ! Attention, un patriote ! Attention, un musulman ! Et la société de se regrouper pour faire face au danger qui menace son bien-être et sa sécurité.

Le reste du temps, le citoyen-consommateur est appelé à rester bien sagement à jouir de sa tranquillité d'esprit, en essayant de ne pas trop penser à la mort qui s'approche... Oh bien sûr, on a le droit de se bricoler sa petite spiritualité de pacotille dans son coin façon new age... Mais surtout rien de collectif, rien de vraiment sacré, sinon gare... 

Règne de la dérision, de la caricature, du cynisme, voila ce qui rassemble la génération Canal + qui vomit tout ce qui peut être ressembler à de la grandeur, de la noblesse, de la sagesse, assimilés à l'oppression fasciste-patriarcale-de-droite.

Mais pour exister, cet "esprit" de dérision a besoin de s'attaquer aux vraies croyances, sous peine de tourner à vide.Voilà pourquoi on va traquer, sans raison apparente, jusque dans les chiottes, les dernier croyants, pour les ridiculiser jusqu'au dernier souffle, et peu importe si ceux qu'on attaque ne représentent aucun pouvoir.

Voilà pourquoi on sacralise aujourd'hui le droit à la caricature et au blasphème tout en niant la possibilité du sacré, pourquoi on béatifie sancto subito les morts de Charlie Hebdo tout en crachant sur la sainteté. Voilà pourquoi un hebdomadaire satirique qui se proclamait "irresponsable" devient l'étendard du système politique.

La réaction médiatico-politique aurait été bien moindre si les attentats n'avaient touché "que" des flics ou des quidams. Mais là, on a touché au seul sacré que s'autorise notre civilisation, qui est l'anti-sacré, le blasphème institutionnel.

Or il n'est plus possible de se borner à ce sacré de substitution, qui ne sait que dénoncer le mal (généralement sous la forme d'un rappel pseudo-historique des années 1930) sans être capable de définir le bien. Qui oublie que les valeurs qu'il oppose à la religion (laïcité, compassion, liberté individuelle de croyance) sont des apports du christianisme.

Tel le propriétaire bobo qui fait rénover son appartement en faisant tomber toutes les cloisons, l'homme post-moderne aime l'ouverture et n'aime pas les murs. Le problème, c'est qu'il s'est maintenant attaqué aux murs porteurs, et que ça commence à grincer.

Il existe pourtant des esprits dans ce monde matériel. Comprimés, insultés, mal à l'aise en permanence, ils ne trouvent pas les mots pour se défendre. Certains esprits pètent les plombs, versent dans une révolte nihiliste et sanguinaire. Qui prend parfois les atours de l'islam, et parfois la tête d'Anders Breivik. Les autres s'assomment à coups de séries TV, d'antidépresseurs et de tablettes numériques pour oublier qu'ils existent. Et lorsqu'ils sont réveillés de leur torpeur par les premiers, il se réfugient dans le troupeau émotionnel, qui ne sait que crier "non à la haine, attention aux religions", sans comprendre que c'est le rejet de toute spiritualité positive qui provoque de telles catastrophes.

Il est temps de revenir à une spiritualité publique et cohérente. La caricature et le blasphème, qui peuvent être salutaires lorsque la morale est étouffante, doivent être néanmoins remis à leur juste place de bouffonnerie. Ce qui nous étouffe aujourd'hui, c'est la bien-pensance et la fausse compassion, pas la religion.

Il est d'ailleurs significatif que le système accuse et censure Dieudonné, qui est pour le coup un véritable blasphémateur, puisqu'il ne s'attaque pas à des croyances minoritaires et mal en point, mais aux seules valeurs sacrées de notre temps, et notamment à cette fameuse sacralisation des événements de la seconde guerre mondiale.

Il est grand temps, disais-je, de revenir à une religion publique, séparée du pouvoir temporel, mais respectée et consultée par celui-ci. Et en premier lieu, au catholicisme, religion traditionnelle de la France, qu'elle a façonnée jusque dans sa chair ; religion qui porte par ailleurs (lorsqu'elle ne les oublie pas en route) les enseignements vitaux du christianisme, religion du Dieu qui s'est incarné, qui a souffert, qui est mort et ressuscité pour avoir pardonné à ses bourreaux sur la Croix. Religion qui enseigne à ne pas accuser les autres des maux du monde, mais à se regarder d'abord soi-même. A faire société sans pour autant sacraliser la société elle-même. Sans idole et sans bouc émissaire.


La France n'a pas besoin de manifestations, elle a besoin de prières.

mercredi 7 janvier 2015

Requiem

Tuerie à Charlie Hebdo. 12 morts. Entendre la nouvelle de la mort de dessinateurs qui ont marqué votre jeunesse, même si vous avez ensuite rompu avec leurs idées, ne peut laisser froid.

Je fus un lecteur assidu de Charlie entre 1994 et 1999. J'ai lâché à cause du tournant pro-atlantiste de Val, devenu trop visible à partir de la guerre du Kosovo. Charlie était devenu le symbole d'une fausse impertinence et d'un vrai conformisme. J'ai toujours regretté de ne plus avoir un bon journal de dessins pour me fendre la poire.

Il n'en reste pas moins qu'il apparaît maintenant que le danger couru par Charb et consors était bien réel, et cela ne peut que forcer le respect.

Je prie pour le salut de leurs âmes, ainsi que pour les policiers tués.

Je prie pour la France, pour qu'elle ne sombre pas dans la guerre civile et qu'elle ne devienne pas un champ de bataille du prétendu choc des civilisations.