jeudi 13 novembre 2014

Paranomia

Dans l'Athènes antique, il existait un délit nommé Graphê Paranomôn ("écriture contre les lois"), qui désignait le fait de proposer à l'assemblée du peuple une loi contraire aux lois et usages existants (le grec nomos désignant aussi bien la loi que l'usage). Les lois nouvelles n'avaient donc pas pour but de chambouler l'ordre existant, et l'ancienneté d'une loi était un gage d'efficacité.

Dans les droit libérales, le principe inverse a été adopté : en cas de conflit entre deux lois, c'est la plus récente qui s'applique au détriment de la plus ancienne.

Dans nos sociétés post-modernes, non seulement la priorité est donnée aux lois plus récentes, mais il est considéré comme de le première urgence de réformer tout ce qui parait démodé. La date de publication d'une loi ou d'un décret (quand bien même il aurait été modifié cent fois depuis lors) est souvent avancée pour justifier son abrogation.

Il n'appartient pas au promoteur d'une innovation législative de prouver le bien-fondé de sa réforme, c'est à ses opposants de prouver que celle-ci pourrait s'avérer néfaste.

Plus encore, ceux qui s'attachent à défendre la loi existante se retrouvent suspects de conservatisme, de réaction, de sentiments haineux envers leurs contemporains et leur époque, et sont, de fait, voués aux gémonies, dans une espèce de délit de graphê paranomôn inversé.

C'est pourquoi les opposants à une loi trouvent généralement plus prudent de proposer une autre réforme plutôt que simplement prôner l'immobilisme : c'est pas que je sois contre la construction européenne, mais je veux une autre Europe... Oui bien sûr il faut réformer le système, mais pas de cette manière...

Même les opposants au délirant "mariage gay" ont fini par se croire obligés de proposer une union civile - qui existait pourtant déjà - comme alternative à la fameuse réforme sociétale.

Il faut retrouver le goût de l'immobilité. Renverser la charge de la preuve.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire