vendredi 24 octobre 2014

Apologie du catholicisme romain

Simone Weil (*), qui avait conscience d'avoir dans son cerveau tourmenté par les migraines, de l'or pur dont il lui fallait témoigner, a montré la voie vers le vrai Dieu. A rebours de la méthode pascalienne ("faites semblant de croire et vous croirez"), Weil a au contraire professé que la foi véritable vient quand l'esprit se dépouille de toute croyance parasite. Le vide créé dans l'âme par la disparition de toutes les illusions qui l'encombraient crée un appel d'air dans lequel peut venir se loger, si on sait l'attendre assez longtemps, Dieu.

Pour l'homme moderne, évidemment, les mensonges et les illusions dont il convient de se débarrasser ne sont pas les croyance irrationnelles ou surnaturelles dont on aime se gausser, mais au contraire la croyance dans la modernité, la science, le progrès, la culture, le sexe, les sentiments.

La vraie religion, c'est ce qui demeure quand on a cessé de croire à tout le reste.

Weil voyait dans la religion du Christ transmise par la tradition catholique un véhicule presque parfait pour renoncer aux illusions du monde et se tourner vers la vérité.

Notre époque hait le christianisme et à plus forte raison le catholicisme romain ; raison de plus pour se tourner vers celui-ci. Car ce qu'on lui reproche avant tout, c'est de disposer d'un clergé, d'une hiérarchie et d'institutions bien établies, ce qui est intolérable dans notre monde de réseaux et d'identités mouvantes.

Beaucoup se déclarent presque prêts à accepter le message du Christ, mais pas l’Église. Ils oublient que c'est cette Eglise qui a, depuis les origines, mis par écrit, transmis, interprété, propagé le message du Christ. Sans elle, ce message aurait depuis longtemps été dispersé, falsifié, oublié, dilué, relativisé. Voilà la réelle raison de la détestation de l'institution ecclésiastique : c'est bien au message du Christ qu'on veut faire la peau, même si on n'ose pas le dire ouvertement.

Car notre époque, qui est fille indigne du christianisme dont elle s'évertue à piétiner l'héritage, s'est approprié le "souci des victimes" (**) qui était celui du christianisme. Sauf que, contrairement à la parole du Christ, ce discours moderne de défense des opprimés ne sert pas à libérer mais à asservir. C'est désormais au nom de la défense des faibles et des minorités qu'on emprisonne, qu'on espionne, qu'on bride la liberté d'expression, qu'on mène des guerres de colonisation, etc.

Aussi le christianisme représente un concurrent gênant qu'il faut éliminer, écraser. Le protestantisme n'est pas trop embêtant, car le monde peut s’accommoder des croyances individuelles qui n'empiètent pas sur la place publique. L’Église catholique, elle, représente par sa seule existence un caillou dans la chaussure de l'empire capitaliste.

Les attaques médiatiques incessantes (films, documentaires, articles ou autres) contre l’Église se fondent contre la partie mondaine de celle-ci, dont les vices (réels) sont amplifiés, systématisés voire inventés (selon le lieu commun d'une Église toute puissante et intolérante). On n'ose pas s'attaquer au message lui-même qu'on se contente d'ignorer ou de caricature comme un "conte de fée pour enfants" sur lequel il ne faut même pas s'attarder. Il ne faudrait surtout pas donner l'idée à quiconque d'ouvrir la Bible.

Ces attaques, donc, sont injustes et exagérées. Mais même si on les démontait point par point (en faisant la lumière, par exemple, sur les croisades ou sur l'inquisition), si on montrait que la montagne des crimes de l’Église n'est qu'un caillou, les antichrétiens continueraient de trébucher sur ce caillou.

J'en sais quelque chose ; j'ai moi-même participé à la curée. Étudiant en histoire, et devant travailler sur un épisode dramatique de l'histoire contemporaine, j'avais réussi à trouver le moyen d'en attribuer la responsabilité à l’Église catholique - ce qui m'avais valu une excellente note. Rétrospectivement, je peux assurer que l’Église n'est pour rien dans l'affaire. Mais pour celui qui a décidé de faire la peau de l'infâme, la moindre erreur du moindre prêtre sera toujours l'occasion de condamner toute l’Église et d'en souhaiter la disparition rapide.

Les mêmes, au demeurant, vont souvent trouver toutes sortes de circonstances atténuantes au communisme d’État, qui n'en a pourtant pas beaucoup.

Ils ont des yeux et ne voient pas, ils ont des oreilles et ne comprennent pas : la prophétie d'Isaïe n'a jamais été aussi vraie qu'en cette époque ou par l'internet on peut avoir toutes les connaissances sous les yeux, et où pourtant on continue à se fourvoyer.

Quant à l’Église, si son action a pu être positive dans le monde, c'est lorsqu'elle a cherché en priorité le royaume des cieux et non un hypothétique royaume terrestre. Les monastères, les chants grégoriens, la liturgie resteront à jamais des phares dans la nuit, au contraire des actions circonstancielles et des déclarations politiques. L’Église est composée d'hommes, ce qui la rend vulnérable aux idées du temps (aujourd'hui plus qu'hier, puisque les hommes subissent l'influence quotidienne des écrans). Raison pour laquelle elle ne doit se mêler d'aucune politique, même et surtout si elle pense agir pour le bien.

Elle doit se contenter de guider les âmes vers le chemin du Christ. Il est possible que ces âmes en sortent plus fortes et plus charitables et que cela ait une influence positive sur le monde, mais cette action menée en tant qu'hommes et non en tant que chrétiens sera invisible.

Seule la conquête spirituelle des cœurs importe. Et la lutte ne peut se mener qu'en dévoilant l'inanité des croyances modernes (telle que par exemple cette ridicule croyance en la liberté de l'art, qui cherche à sacraliser l'art alors que celui-ci est précisément mort d'avoir évacué le sacré : voir l'affaire du machin vert ici).

Simone Weil a fait l'apologie du christianisme et s'est rapprochée du catholicisme romain, mais elle n'a jamais franchi le pas du baptême. Manque de temps ? Doute ? Crainte de retrouver embrigadée dans un camp ? Esprit de sacrifice extrême qui refusait même le réconfort du baptême ? Quoi qu'il en soit, sa pensée, qui a tracé un chemin d'or pur vers Dieu, nous laisse libre de suivre ce chemin jusqu'au bout ou pas.


(*) philosophe morte jeune, connue pour La pesanteur et la grâce, qu'on ne confondra pas avec Simone Veil, politicienne vivant depuis longtemps et connue surtout pour la pesanteur.

(**) Cf René Girard - Je vois Satan tomber comme l'éclair