samedi 22 février 2014

Faut-il payer son mari pour changer les couches ?

Il existe un ultime recoin de la société où la marchandisation et les lois du Marché sont encore tenues à l'écart par une force supérieure à elles : c'est la famille.

C'est en effet le dernier lieu où les rapports humains baignent encore dans un halo romantique où l'on peut encore croire que tout n'est pas que calcul rationnel et égoïste. Où l'on donne son temps et son énergie gratuitement, tout en recevant les dons des autres, sans pour autant que ces échanges ne soient comptabilisés.

Pas étonnant que ce résidu de socialisme originel soit devenu la cible n°1 du capitalisme finissant, qui dans sa soif d'expansion et dans sa terreur de ne plus pouvoir croître (ce qui signerait sa fin), ne peut plus tolérer qu'aucun lieu ni aucune activité n'échappe à sa logique économique.

Logique qui, rappelons-le, consiste à remplacer le mode d'échange primitif, basé sur le triptyque donner, recevoir et rendre (décrit par Marcel Mauss), par le mode d'échange marchand basé sur la rétribution immédiate et monétisée. Dans le mode primitif, je donne d'abord, l'autre me remercie pour signifier sa dette envers moi, et après un certain temps il me rendra la pareille dans la mesure de ses capacités. Ce mode est créateur de rapports humains riches puisqu'il suppose des échanges personnalisés et sur le long terme.

Dans le mode marchand, la dette est immédiatement apurée par le contre-don, il n'y a même pas besoin de dire merci (on le fait encore quand même par habitude) ni de se parler (et même si on achète à crédit, il s'agit d'une dette monétisée qui suppose des versements fixes sans discussion).

D'un côté, création de rapports humains (pas forcément idylliques d'ailleurs, mais humains), de l'autre, croissance du PIB.

Alors que la logique primitive imprégnait autrefois l'ensemble des échanges, la logique marchande a peu à peu envahi l'ensemble de la société, depuis l'essor du capitalisme à partir du XVIe siècle.

Tout sauf, donc, la famille. Dernier lieu où fonctionne encore la logique du don : je donne à mes enfants, qui, plus tard, s'occuperont de moi dans mes vieux jours.

La famille, qui subit aujourd'hui les assauts de plus en plus vigoureux de la part de la gauche : mariage homosexuel, théorie du genre, propagande à l'école, et  bientôt la "gestation pour autrui" (alias la location d'utérus) : tout est fait pour briser le petit cocon, ou en tout cas ce qu'il en reste.
 
Présenté comme ça, on pourrait s'étonner de ce que le dernier bastion du socialisme soit ainsi attaqué par le pouvoir "socialiste". Or il n'y a rien d'étonnant quand, ayant lu Jean-Claude Michéa, on sait que la gauche n'est que l'une des deux faces du libéralisme, celle du libéralisme politique et culturel, qui fait semblant de s'opposer à l'autre face, celle du libéralisme économique. Alors qu'en réalité le libéralisme politique et culturel n'est là que pour préparer le terrain au libéralisme économique.


Pour ce faire, la gauche procède toujours de la même manière : dénoncer la société traditionnelle comme le lieu de toutes les oppressions, railler les conceptions romantiques des relations humaines comme le masque des rapports de pouvoir, et ébranler l'édifice en faisant mine de défendre le faible (la femme, l'enfant, l'étranger) contre le fort (le fameux mâle-blanc-adulte-français-catholique).

Or une fois le pouvoir traditionnel ainsi sapé, les relations humaines ne peuvent plus s'appuyer sur la logique du don, qui implique le respect du prestige du fort - celui qui a donné. C'est alors que le marché arrive et propose à tous sa monnaie de singe et ses produits.

C'est de cette manière qu'on a supprimé les corporations (structuration des métiers sur la base du respect des valeurs, du savoir-faire) au profit de l'industrie capitaliste (produire n'importe quoi n'importe comment, pourvu que ça se vende).

C'est de cette manière qu'on supprime aujourd'hui la famille. Au nom de l'émancipation des femmes et des enfants, la statue du père a depuis longtemps été abattue. On continue encore à fonctionner plus ou moins comme avant, par habitude, mais ça risque de changer vite. Déjà la fonction de fabrication des bébés commence à se déconnecter de la notion de couple (PMA, GPA). Bientôt les échanges marchands vont s'insinuer au milieu des relations familiales. En fait, ça commence déjà :


"C’est l’heure du coucher, Bethany propose 20 dollars à son mari pour qu’il se charge de ce rituel avec ses enfants : un « forfait » qui comprend brossage de dents et lecture de la traditionnelle « histoire-avant-de-dormir ». Tous deux diplômés en informatique, ils ont créé une base de données qui permet d’évaluer les sommes qu’ils se doivent mutuellement et de tenir les comptes de leurs échanges de bons procédés" (Le Figaro 21/02/2014).

Anecdote amusante ? Pour le moment. Dans les années 90, quand j'entendais parler de théorie du genre dans les groupuscules gauchisants, ça me faisait marrer. Aujourd'hui on enseigne ça dans les écoles et dans les ministères.

Ça sera bientôt pareil pour les échanges monétaires intra-familiaux. Tout simplement parce que c'est logique. Au fond, on fait déjà ça, dans un couple moderne (où les fonctions de père et de mère sont quasiment interchangeables), d'échanger des bons procédés. Il n'y a plus qu'à monétiser tout ça pour rationaliser la chose. Ce qui paraît délirant un jour peut devenir tout à fait naturel en quelques années (qui aurait imaginé un mariage gay il y a 30 ans ?).

Il ne restera plus qu'à étendre cette logique aux enfants : il faut dès aujourd'hui décompter tout ce qu'ils coûtent à la famille en nourriture, jouets, éducation, et réclamer la même chose quand il faudra payer la maison de retraite. Tâcher aussi de valoriser les câlins et les bisous.

Les rapports humains y perdront ce que la rationalité capitaliste et le PIB (car tous ces échanges pourront être inclus dans les indicateurs économiques) y gagneront.

On pourra objecter que c'est le progrès, et que si cela doit être le prix de la libération de la femme (i.e. son indifférenciation de l'homme), ça vaut toujours mieux que de revenir à l'âge des cavernes.

Admettons.

Mais qu'on ne vienne plus jamais prétendre que les "combats sociétaux" sont gratuits et désintéressés ; et que leurs thuriféraires aient l'honnêteté, comme Pierre Bergé, de reconnaître qu'ils servent le capitalisme.

Lequel capitalisme ne fonctionne en réalité que parce qu'il reste encore dans le monde des rapports non marchands. Le marchand sans scrupules a besoin de gogos honnêtes et naïfs pour refourguer sa marchandise. Quand tous les hommes seront devenus des capitalistes, tout cela ne pourra que s'effondrer dans un fracas qui n'aura jamais connu d'égal dans l'histoire.

samedi 1 février 2014

Association de malfaiteurs

Ainsi donc, les deux gamins qui se sont fait choper en train d'aller faire le djihad en Syrie ont été inculpés, je cite, d' "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste".

Bigre.

C'est que quand on cause association de malfaiteurs, on pense tout de suite réseaux, bandes organisées, et forcément, hein, on se demande qui tire le ficelles là-derrière, qui c'est le big boss, celui qui donne les ordres et récupère les pépètes.

Bon alors, réfléchissons un peu. Les gosses allaient en Syrie, pour combattre le régime de Bachar El Assad... Vous savez, l'affreux dictateur, celui qui ne mériterait pas d'être sur la terre (*) ; ce régime honni à propos duquel on a pu dire que « La force est le dernier recours pour faire entendre raison aux assassins »...

Ces deux gosses, ils ont dû être envoyés par quelqu'un, faudrait trouver qui est le salopard qui les a manipulés.



En fait, j'ai ma petite idée.


 Mais comme disait Pasolini, j'ai pas de preuves...





(*) "Et le ministre des Affaires étrangères va plus loin : "Après avoir entendu les témoignages bouleversants des personnes ici, (...) quand on entend ça et je suis conscient de la force de ce que je suis en train de dire : M. Bachar Al-Assad ne mériterait pas d'être sur la Terre", a-t-il dit aux journalistes." (France Info)